Parents-freins

Claire et le « magicien »

Réaction d’un enfant qui fonctionne dans le jugement négatif.

Claire est une jeune fille de 16 ans. Elle suit une classe de première. Adolescente dans le défi, elle ne ménage pas l’adulte. Son père, médecin, porte un regard très aigu sur sa scolarité. Il contrôle et conseille. Sa mère, qui porte un regard assez critique et montre une forte propension au jugement, encaisse mal l’agressivité de sa fille à son égard… Claire vit tout cela plutôt mal.

Elle accepte néanmoins librement de participer à un stage de méthodologie qui l’invite à porter un regard nouveau sur ses apprentissages. Quoiqu’intéressée, elle se sent mal à l’aise. En effet, son intérêt est nourrit par la découverte d’une approche qui prend parfois le contrepied de nombreuses idées reçues sur l’apprentissage et alimente une dynamique oppositionnelle. Elle est motivée par ce quelle entend et se retrouve dans le discours d’un professeur qui ne prend aucun parti. Elle se sent même reconnue. Cependant, elle éprouve, une certaine difficulté à adhérer à ce qui lui est proposé et qui s’oppose parfois très nettement au discours de ses parents. L’effet de dissonance qui en résulte alimente donc une motivation mêlée d’un besoin de jugement qui l’amène à tester ce qu’elle découvre pour « voir si ça marche ». Claire ne parvient pas à croire ce qu’elle vient de comprendre sans se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de ses parents. Partagée, ne parvenant pas à accorder pleinement sa confiance, elle se trouve dans un fort état de dissonance. Elle-même dans un jugement péremptoire qui reflète le lien maternel, Claire se positionne inconsciemment dans une attitude de test plus que de validation avec un apriori négatif qui reflète à la fois un état de dépendance émotionnelle et son désir profond de s’en extraire.

Elle aborde donc sans réelle conviction ni véritable engagement, du bout des doigts, cette épreuve de test. Elle applique par conséquent de manière aléatoire et inorganisée la stratégie d’apprentissage abordée auparavant. Elle constate rapidement l’inefficacité de son travail. Insécure, Claire adopte ainsi une attitude de sabotage inconscient dont elle va très vite faire part à son parent. Sa dissonance s’exprime dès lors par un jugement négatif à l’encontre de sa découverte. Les conditions de l’apprentissage positif sont pourtant toutes en place. En effet tout apprentissage réel est précédé par une dissonance. Le comportement de l’interlocuteur de cette dissonance, en l’occurrence le parent, se présente alors comme le seul déterminant de cet apprentissage. En ce sens que l’apprentissage n’appartient plus à l’enfant à cet instant, mais à son parent. La réponse comportementale de celui-ci peut avoir deux effets totalement opposés. Favoriser ou anéantir d’un seul coup tout le travail inconscient qui prépare à la mise en place de l’apprentissage.

Dans le cas présent, inconsciemment, la mère de Claire a le sentiment de retrouver sa fille sur un mode de jugement qui résonne en elle. Toutes deux se retrouvent dans une même souffrance. L’illusion qui naît de ces retrouvailles entre la mère et sa fille dans un « même combat » fait que les tensions s’apaisent. En réalité, toutes deux vont s’unir et diriger alors une colère contre l’auteur de leur dissonance commune. Cette colère met alors un sens sur leur dissonance et l’apaise. Les conditions nécessaires à l’apprentissage disparaissent du même coup.

Il ne s’agit pourtant que du terme d’un épisode. Toutes deux viennent de vivre inconsciemment une expérience qui laissera des traces. Chemin faisant, inéluctablement, devant la nécessaire obligation de Claire de s’extraire de sa mère, elles se retrouveront dans une situation similaire ultérieurement. L’expérience de Claire la replacera, dans son parcours scolaire, face à des difficultés ou ses découvertes tôt ou tard lui apparaîtront au gré d’une plus grande maturité, plus motivante et trouveront enfin leur chemin. En ce qui concerne sa mère, celle-ci n’est pas pour autant coupable de cette occasion manquée. Et ne doit en aucun cas se remettre elle-même en cause. En effet, ce qui se passe, n’est que le reflet ou la conséquence sa propre culpabilité. C’est donc une invitation pour elle aussi à grandir tout en fortifiant sa confiance.

On ne sort jamais indemne d’une dissonance…

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