Les Rituels Pervers

Le rituel de la nounou

Isabelle arrive chez la nounou. Elle vient récupérer Arnaud, son petit garçon de 2,5 ans. Le rituel commence aussitôt que celui-ci aperçoit sa maman. Sans un bonjour, il se campe devant elle et se « met une gifle », ce qui a le don de l’exaspérer. Puis il enchaîne par une série de petits comportements, toujours inadaptés (crache sur sa voisine de jeu, arrache un lego à celui-ci, pousse celle-là…) pendant qu’Isabelle s’entretient avec la nounou. L’environnement de l’appartement, jusqu’alors paisible, se détériore et le niveau sonore s’élève tout à coup. Les cris et les pleurs s’envolent dans une clameur difficilement supportable. L’impatience gagne et La colère monte. Les deux adultes sont tendues. Isabelle écourte son échange et appelle Arnaud qui fait la sourde oreille. Elle est alors contrainte de le saisir et le porter jusqu’à la poussette. Celui-ci gesticule dans tous les sens en hurlant, refusant de s’y assoir. Autant physiquement, que psychiquement, le moment est particulièrement difficile pour Isabelle qui n’en peut plus. C’est le même scénario au moins trois fois par semaine. De temps à autre cependant, tout se passe à merveille. Arnaud se jette dans les bras de sa mère en la couvrant de baisers, mais c’est si rare !…
Le retour se déroule généralement dans les cris et les pleurs. Il se termine souvent par une fessée depuis quelques temps. Isabelle se culpabilise de plus en plus et se sent frustrée de cette relation qui ne parvient pas à s’apaiser. Elle ne voit pas ce qui peut amener son petit garçon à se comporter d’une telle manière. Elle ne parvient pas non plus à isoler les paramètres qui pourraient être à la source de ce dysfonctionnement comportemental complètement incompréhensible.

C’est donc la « boule au ventre », qu’elle se dirige chaque soir vers la porte de la nounou qui s’étonne de son côté du brusque changement d’attitude d’Arnaud dès que sa mère arrive.

L’observation du comportement d’Arnaud nous confirme qu’il s’agit bien d’un Rituel Pervers :

–        Il est répétitif
–        Il est inadapté (aux yeux du parent notamment)
–        Il génère un conflit
–        Il occasionne une perte d’énergie considérable
–        Il confine l’enfant dans un comportement immature
–        Il semble ne jamais déboucher sur une solution « acceptable »

–        Il semble enfin se déclencher consécutivement à une modification environnementale (l’arrivée de la mère)

Le Comportementaliste ne cherche pas à élucider la source exacte de ce « dysfonctionnement » identifié par Isabelle et la nounou. Il prend acte de celui-ci et part du postulat que si celui-ci se répète, c’est qu’il présente incontestablement un bénéfice (qui accroche la récurrence). C’est donc en agissant sur ce bénéfice que nous allons pouvoir désamorcer le comportement d’Arnaud. En effet, si ce dernier réitère si souvent son comportement, c’est bien que cela semble « marcher »…

Il paraît évident que c’est bien Isabelle qui à la fois déclenche le comportement d’Arnaud mais c’est également elle qui apporte le bénéfice, puisque c’est encore une fois elle, qui est plus particulièrement sollicitée.

Une mécanique inconsciente semble donc lier ces deux êtres, dans un rituel à la fois violent et coûteux. Isabelle, qui tente spontanément de comprendre ce qui se passe d’un point de vue « logique », échoue. En effet, une analyse « raisonnée », ne laisse apparaître aucun bénéfice à ce comportement. La scène est généralement violente et se solde par une fessée. Et pourtant !… Il existe forcément un bénéfice puisque l’attitude d’Arnaud est récurrente. Attachons nous alors à une lecture plus « émotionnelle » de son comportement.

Arnaud s’amuse tranquillement avec ses petits camarades sous la surveillance de sa nounou. L’arrivée d’Isabelle déclenche immédiatement chez lui un « besoin incoercible » de faire ce que nous appellerons « une bêtise » (il se gifle, crache, arrache un lego, pince…). Son attitude amène inévitablement sa maman (ou la nounou) à intervenir, lui répéter que cela n’est pas bien et la scène se termine par une fessée (pour faire court…).

L’analyse que nous allons faire, va du point de vue « émotionnel » faire apparaître non pas 1 mais 3 bénéfices ! 3 bénéfices qui de plus ne sont pas des moindres, puisqu’ils sont vitaux.

1-     Le premier de ces bénéfices, est que la réponse d’Isabelle a pour conséquence immédiate de faire EXISTER Arnaud. En effet sa réaction lui « montre » que celle-ci l’a bien identifié puisqu’elle répond à son comportement. Arnaud effectivement s’est bien fait « remarqué ».

2-     Le second de ces bénéfices RASSURE Arnaud. Isabelle répète bien, comme le mois dernier, la semaine dernière, hier, la même chose, les mêmes mots, les mêmes phrase, la même litanie… qu’Arnaud n’a d’ailleurs pas besoin d’écouter jusqu’au bout puisqu’il la connaît pas cœur !… Il se rassure donc sur la stabilité de son environnement en vérifiant que tout est bien à sa place avant de se diriger vers d’autres investissements plus ludiques et plus motivants… (pendant que maman pète un câble).

3-     La fessée. Quel bonheur !… et quelle magnifique preuve d’AMOUR. Cela peut surprendre en effet, et pourtant… combien d’enfants qui ne comprennent pas pourquoi ils ne la reçoivent pas… la demande ! La punition, la privation, se faire gronder ou recevoir une fessée de la part de son parent, finit toujours par être inconsciemment « converti » par l’enfant comme une preuve d’AMOUR. Pour preuve, le parent ne lui dit-il pas fréquemment : « C’est pour ton bien ?… ».

3 bénéfices vitaux. EXISTER, SE SENTIR EN SÉCURITÉ, ÊTRE AIMÉ. On peut aisément comprendre qu’à ce titre Arnaud n’ait pas spontanément l’envie d’y renoncer…

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