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Quand le Rituel devient pervers

Définition du Rituel Pervers

Il s’agit d’un comportement itératif, déclenché pour des raisons inconscientes.

Il consiste en une adaptation visant à restaurer les besoins fondamentaux (Amour – Existence – Sécurité). Signe d’une régression, il constitue la source essentielle des conflits parents/enfants et résulte d’un sentiment global d’insécurité.

Le Rituel devient Pervers en « ratant » son objet d’évolution, étape normale du développement.

 

Recherche, ancrage et stabilisation

La « mise en place » du rituel pervers se déroule de manière à la fois rapide et progressive. On distingue 3 phases caractéristiques dans son processus d’élaboration :

L’enfant, aux prises avec ses fragilités fondamentales, inconscientes comme le sentiment d’abandon, de désamour ou d’insécurité, présente alors un comportement que le parent qualifie souvent d’inadapté, en ce sens qu’il bafoue les règles établies. Par un habile jeu de l’inconscient, il va donc se rapprocher du maillon faible, autrement dit, du parent qui lui semble le plus fragile ou le plus réactif. C’est la première phase.

Dans la phase d’ancrage du rituel, arrivent les perpétuelles répétitions, et les sempiternels rabâchages du parent ! Ces incessants rappels à la règle finissent par faire sortir le parent de ses gonds et dire des choses qui dépassent sa pensée ou accomplir des gestes malheureux qu’il est le premier à regretter, trop tard cependant… Cependant, lorsque le coût tombe (réprimande, fessée, punition…), la phase de stabilisation vient parachever le processus.

Découverte, ancrage et systématisation caractérisent donc les trois phases de la mise en place du processus d’un rituel pervers. La mère d’Antoine, m’exposait avec force détails que son fils la provoquait sans cesse. « Il le fait exprès » ! me disait-elle. Il est vrai que la valeur d’un comportement de l’enfant qui réitère des attitudes provocatrices qui donne lieu à un conflit systématique peut prêter à confusion… On est fortement tenté de croire que l’enfant agit consciemment. Ça y ressemble tellement (même si pourtant cela ne nous paraît pas « logique »). Il en va en réalité d’une tout autre façon !

Si l’enfant avait réellement conscience de ce qu’il fait et provoque, s’il le faisait exprès cela impliquerait que l’enfant serait alors dans une stratégie élaborée, donc consciente, visant à détruire son parent ! C’est une chose inimaginable que d’envisager qu’un enfant « tue » ainsi l’objet d’amour que représente celui-ci, premier garant de son existence ! Ce serait un « suicide psychique » dont nous savons qu’il est absolument impossible !

Une autre maman m’expliquait un jour que son fils avait changé depuis l’arrivée de sa petite sœur. En effet, il affrontait plus souvent sa mère et se montrait méchant avec le bébé. Il regardait alors sa mère, droit dans les yeux et lui répétait sans cesse : « Tu m’aimes plus » !…
Il attribuait ainsi la moindre disponibilité de celle-ci à son égard, à une marque de désamour. Il lui fallait maintenant partager avec sa petite sœur. Sa fragilité prenait alors la forme d’une plainte ou d’un geste violent.

Nous voyons bien que le message destiné à la mère ne correspond pas à une réalité mais bien à un état de fragilité de la part de l’enfant quand au doute qu’il nourrit, de l’amour que sa mère lui porte. Il tente alors, tant bien que mal, de mettre en mots compréhensibles par celle-ci, ce qui correspond le mieux à ce qu’il ressent. Cette petite sœur est devenue un danger pour lui !

L’enfant, est encore très loin d’être dans une maîtrise du langage suffisante pour mettre ses perceptions et ses émotions en mots pertinents. Il tente alors de se rassurer de sa vulnérabilité. Ce que dit alors l’enfant, dans ces moments-là, n’a pas valeur de sens mais bien d’essence. Il tente de faire partager sa souffrance à son parent et l’exprime par les mots qui lui semblent les mieux appropriés… Si nous répondons alors à l’enfant sur le sens, même par des mots justes, il lui sera impossible de les traiter affectivement … La superbe explication de maman qui lui explique très justement, tout en finissant de langer bébé, que « Bien sûr que si ! Je t’aime ! Ce n’est parce que je m’occupe de sa petite sœur que je t’aime moins. Je vous aime tous les deux pareils ! » n’y fera rien. On imagine mal l’enfant se restaurer d’un sentiment de désamour sur cette simple déclaration, bien qu’elle soit vraie !
L’échec que l’enfant subit alors sur le plan de sa communication verbale va le pousser à glisser rapidement sur la sphère du comportemental. On assiste alors à la mise en place d’un rituel qui va rapidement devenir pervers.
Abandonnant le verbal et du même coup les : « Tu m’aimes plus », l’enfant va privilégier le comportement. Quoique inadapté, celui-ci qui va présenter l’avantage de donner d’excellents résultats ! Chaque fois que son besoin s’en fera sentir, le lancement d’un rituel pervers inconscient lui permettra de se restaurer immédiatement de ses fragilités sans même que sa maman ne s’en aperçoive !
Pincer sa petite sœur, la mordre ou secouer fortement le landau, la réveiller en sursaut ou lui faire les pires grimaces… Autant de comportements de sa part qui vont déclencher une mécanique infernale !
Très souvent les parents se demandent pourquoi les enfants font cela? La raison en est simple : parce que ça marche !
Le comportement a cela de remarquable, c’est qu’il est inlassablement reproduit tant qu’il présente un bénéfice. Éliminez le bénéfice, le comportement disparaît au profit d’un autre pour un nouveau gain.
Penchons nous maintenant sur ce qui suit le comportement de cet enfant qui pince sa petite sœur. On observe une (énième) réaction immédiate de sa maman. Celle-ci répète les règles ou les consignes, généralement en criant, et met un terme au conflit par une fessée ou une punition. Il n’apparaît là guère de bénéfices… Ces sempiternelles disputes ont de plus la particularité de ne jamais déboucher sur rien sinon qu’elles nous épuisent dans un premier temps puis finissent par nous inquiéter. Nous demandant « Pourquoi notre enfant ne grandit plus. » ? Qu’est-ce qui peut bien alors le confiner dans de tels comportements ?…Et pourtant, si l’on abandonne cette analyse rationnelle qui pour le coup semble être dénuée de la plus élémentaire des logiques, on s’aperçoit très vite, du point de vue émotionnel, que le bénéfice est triple !
Nous avons vu que l’enfant rentre dans une mécanique de rituel pervers à partir du moment où il éprouve une vulnérabilité sur ses besoins fondamentaux d’existence, de sécurité ou/et d’amour. En pinçant sa petite sœur, l’enfant déclenche une réaction prévisible de son parent à son égard. Il se restaure instantanément sur le fait qu’il existe bien à ses yeux. Puisqu’elle répond !
L’instant est crucial car le parent noue à ce moment précis ce qui va l’emporter vers ce qu’il redoute tant ! Il fait en effet exister son enfant sur un comportement qu’il souhaite dans le même temps voir disparaître !… Un complet paradoxe qui constitue l’essence même de l’Erreur Educative Fondamentale.
Mais non content de restaurer, inconsciemment, son enfant sur son existence à ses yeux, le parent ne s’arrêtera pas en si bon chemin…Ses éternelles répétitions, ses rabâchages n’auront d’autre effet que de rassurer l’enfant de la stabilité de son environnement, donc de sa sécurité. Nos répétitions les rassurent d’ailleurs si bien que nous terminons de radoter tout seul ! L’enfant, lui, est déjà parti dans sa chambre et s’occupe à tout autre chose… Pendant ce temps maman répète la même chose que l’année dernière, le mois dernier, la semaine dernière, hier… tout baigne ! Enfin, nous ne pouvons nous empêche de conclure par une bonne fessée ou une punition généralement arbitraires, injustes ou des plus inappropriées… restaurant du même coup leur dernier besoin : l’amour ! Les petits enfants qui font une bêtise que maman ne sanctionne pas ne lui demandent-ils pas fréquemment pourquoi ils n’ont pas de fessée ?!…

Inconsciemment, le parent vient donc, du même coup, de restaurer son enfant sur ses trois besoins vitaux, fondamentaux ! On ne s’étonne plus dès lors que ces genres de comportements soient si rebelles à la raison ! Rappelons que l’enfant ne vit que dans le plaisir… Certes ce n’est pas comme cela que l’on fait ! Toutefois tout en maintenant l’enfant dans une relative immaturité, ce triple bénéfice extorqué au parent, permet à l’enfant de continuer à se construire psychiquement et en toutes circonstances L’utilité de ce comportement ne se discute donc pas puisqu’il permet à l’enfant de ne pas s’effondrer. En revanche, une telle mécanique n’est pas exempte, nous l’avons vu, d’un coût à payer pour l’enfant lui-même… les sphères cognitive et relationnelle seront vite impactées par le déficit d’énergie mises aux seules fins par l’enfant de se rassurer de ses besoins existentiels.

Je me souviens de ce couple de jeunes parents venu me voir au sujet de leur petit garçon Rémi de 2 ans et demi, qui les désarçonnait complètement par son comportement tyrannique.
« C’est un véritable dictateur » me disait la mère – « Il nous dit non sans arrêt, pour tout ! Même quand on veut lui faire un bisou ! – il me tape et son papa est obligé de lui courir après tout le temps ! C’est infernal ! On crie tout le temps à la maison. Les voisins vont finir par croire qu’on le maltraite tellement il hurle ! On ne sait vraiment plus quoi faire… en plus il le fait exprès ! On a été obligé de la « donner » à ma mère et, ce chameau, il est adorable avec ses grands parents ! Ma mère me dit que je m’y prends mal… – Je crois qu’il ne nous aime plus… » conclut-elle en prenant le dernier mouchoir de la boîte d’une main, pendant que son mari lui tenait la seconde, tout en lui disant et sans grande conviction que « ça irait mieux à l’adolescence » ! Faisant redoubler les larmes de sa pauvre épouse !… et m’obligeant à sortir une seconde boîte de mouchoirs !

Cet exemple illustre parfaitement l’illusion de pouvoir dans laquelle se trouve l’enfant. Une illusion qui toutefois a des effets bien concrets sur son entourage direct. Celui-ci se renforce donc dans une attitude de domination telle, qu’il finit par insécuriser ses propres parents. L’enfant semble leur réserver le pire ! Il n’est pas rare cependant de constater un comportement tout à fait adapté de sa part vis-à-vis des autres membres de la famille ou de la nounou. Il s’agit là d’une indication précieuse qui tend à nous interroger sur la nature réelle de son comportement de dictateur. En effet, seul le parent semble être le destinataire ou l’interlocuteur de son comportement. Nous sommes donc en présence d’une adaptation comportementale. Une forme de communication…

L’enfant rentre dans un jeu dans lequel il entraîne tour à tour ses deux parents. Le rituel s’installe. Fragilisé sur ses besoins fondamentaux, il exprime alors sa frustration.

Pour aller plus loin : Le Rituel Jekyll-Hyde et Les effets du Rituel Pervers

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