A la Une - Enseignement

Etre enseignant, ça veut dire quoi ?

Spécialiste d’une matière, oui, de l’apprentissage non !

Au cours de ma carrière, que ce soit en tant qu’enseignant moi-même, ou en tant que formateur, j’ai rencontré de très nombreux enseignants de tous niveaux. J’ai souvent été frappé, et ils en conviennent généralement aisément eux-mêmes, par la pauvreté de leur connaissance en matière d’apprentissage.
 
Spécialistes incontestables de leur propre matière, ces enseignants se présentent généralement, plus en experts de leur domaine, que de l’apprentissage à proprement parler. Détenteurs d’un savoir vertical très abouti dans la plupart des cas, ils achoppent cependant fortement dès qu’il s’agit de décrire ou de formaliser plus clairement, précisément ce qui relève des processus et des stratégies mobilisés par un élève qui apprend. Le constat est édifiant ! Au hit parades des conseils qu’un élève peut espérer glaner auprès de son professeur, afin de réussir son année, ou de progresser dans la matière considérée, il ne peut espérer guère plus qu’être invité à suivre les pistes suivantes : d’apprendre ses leçons, d’écouter le cours, de relire ses cours, de refaire les exercices, ou encore de prendre des cours particuliers… La plupart des élèves s’entendent donc conseiller de faire ce qu’ils font depuis parfois très longtemps déjà, et qui souvent ne marche pas !

L’enseignant sèche donc dès lors qu’on le questionne sur des questions concrètes et qu’on lui demande de rentrer dans des considérations plus éclairées en matière d’apprentissage. Il se réfugie derrière des banalités et des lieux communs qui ne s’avèrent utiles qu’à un bien petit nombre de leurs élèves. L’enseignant serait donc dans une relative ignorance en matière d’apprentissage… Le comique de la situation, s’il en est un, est qu’ils auraient néanmoins réussi la prouesse de faire de leur ignorance, un métier ! Un bien beau message d’espoir…

Les enseignants reconnaissent très honnêtement leur carence en la matière, mais il ne s’agit pas de porter sur eux un quelconque jugement, ni de leur jeter la pierre, pas plus que de les rendre responsables du délitement de l’école. Ile se retranchent donc aisément derrière le fait que cela n’a pas été l’objet de leur formation, pour la plupart, est c’est souvent vrai. On peut simplement regretter, ou s’étonner, qu’ils n’aient pas montré parfois plus de pugnacité ni d’intérêt personnel, au cours de leur carrière, et qu’ils ne se soient pas penchés avec plus de curiosité sur le sujet…

Apprendre, est très certainement beaucoup plus facile que nous ne le laissons croire aux enfants… Prétendre le contraire, en revanche, confère à l’enseignant un pouvoir, qui, s’il n’est pas toujours conscientisé, risque d’avoir des effets inhibiteurs sur l’apprentissage de ses élèves, avant même que ceux-ci ne se mettent au travail. Ainsi les matières jugées « nobles » ou « difficiles » comme les mathématiques ou la physique, laissent observer des cours dans lesquels les problèmes de discipline sont rares, à l’inverse des cours de philo, de musique ou d’art plastiques…

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