Parentalité

Violence et langage

Lorsque les mots font la place aux maux…

La violence n’est que la partie visible d’un iceberg d’ignorance.

En effet, celui qui ne parvient par les mots justes à exprimer ce qu’il ressent abandonne très rapidement la sphère du verbal pour se réfugier dans un mode de communication plus convaincant, en apparence, plus agressif aussi : la violence.
Le « violent » n’est pas forcement intrinsèquement dangereux. Ce sont ses actes qui le sont, notamment dans les conséquences qu’ils peuvent provoquer.
L’être violent est un être qui souffre avant tout, ne l’oublions pas. Lequel d’entre nous n’a jamais fait l’expérience de la violence dans ses actes, souvent envers ceux qu’il aime et qui l’aiment en particulier, confronté à l’impossibilité de se faire comprendre ou d’expliquer clairement ce qu’il ressent !…
La violence apparaît donc comme un mode de communication certes inadapté, mais qui cependant perdure tant qu’il marche… autrement dit tant qu’il provoque un effet visible, donc mesurable.
C’est en effet la mesure de sa conséquence qui donne sa réalité à la violence elle-même.

Notre réflexion ne doit donc pas tant s’occuper des raisons de cette violence que des effets qu’elle engendre. Si l’on élimine la pure pathologie, nul besoin de se perdre dans les méandres d’une théorie métaphysique si l’on considère que la source animale donc humaine de la violence réside dans une possible triple fragilité, même passagère : un manque de reconnaissance, un sentiment d’insécurité, un manque d’amour. Voilà pour ce qui constitue la source, nul besoin donc de noircir des pages et de se poser mille questions dont nous attendons toujours les réponses. Nous en sommes donc réduits aux hypothèses. La seule à mon sens qui ne relève pas de la simple hypothèse, mais apparaît comme une quasi-certitude, c’est que ça marche ! Autrement dit, il y a un bénéfice à la clé. Et tant qu’un comportement présente un bénéfice, il n’a aucune une raison de s’arrêter, encore moins spontanément…

Les conséquences

Occupons nous plutôt de réfléchir aux conséquences notamment chez le jeune enfant. Conséquences ou bénéfices qui vont figer ce dernier dans un registre qu’il lui sera d’autant plus difficile à quitter que le temps passe. Le bénéfice d’un acte de violence à cela d’intéressant, c’est que c’est l’interlocuteur qui inconsciemment l’apporte! Autrement dit la victime elle-même…
Qui dit violence dit donc langage. Apprentissage de la langue. La diplomatie est le plus bel exemple de l’intérêt du dialogue, de la rhétorique et du palabre. Elle pallie à la nécessité de la guerre. La langue apparaît par conséquent comme le meilleur antidote et de loin, à toute forme de violence.
L’apprentissage de la langue se fait avant même d’entrer à l’école, au sein même de la famille. En conséquence c’est pour l’enfant une découverte certes, mais qui sert également de véhicule à toutes les névroses familiales. On s’exprime effectivement comme on se sent, et l’enfant en est le premier réceptacle. L’école doit donc lui permettre de s’extraire un tant soit peu de ce premier langage et l’ouvrir à d’autres dimensions de son expression. Ainsi l’apprentissage de la lecture est une découverte fondamentale qui va dans le sens de cette émancipation langagière absolument nécessaire.
La maîtrise insuffisante de la langue apparaît donc comme une forme d’ignorance dont la principale conséquence est de ne point permettre à l’individu d’exprimer de manière suffisamment précise et fidèle par des propos cohérents et intelligibles, le fond de sa pensée ou l’état de sa nature profonde.

Là où le mot échoue, les maux triomphent !

C’est donc tout naturellement que l’individu recourt à ce langage de substitution qu’est la violence, autrement dit, des non-mots mis en maux. Le geste de violence, quel que soit sa nature, n’exprime plus là le sens du propos mais bien la valeur émotionnelle de celui-ci. C’est comme un cri, un appel au secours qui prend toutefois la forme d’une attaque, d’une agression, certes, mais qui ne pourra laisser insensible son interlocuteur. En revanche c’est bien le destinataire de cette violence, la victime, qui va nouer inconsciemment ce qui peut s’avérer une tragédie.
En cas de soumission, la victime « indique » par son comportement qu’il suffit que l’autre hausse le ton ou le bouscule un peu pour être à la fois identifié, écouté et respecté par ce dernier. Cela risque fort de devenir chez l’agresseur un mode de comportement quasi-permanent. Dans le cas d’une résistance de la part de la victime qui tend à se défendre, l’agresseur haussera d’un cran son attitude agressive jusqu’à provoquer le conflit ou la bagarre. L’ultime expression de cette attitude réside dans la négation pure et simple de la victime, qui fait obstacle à la pulsion de violence, autrement dit le meurtre de celle-ci.
C’est donc bien le plus tôt possible qu’il convient d’intervenir. C’est à l’école, sur la cour de récréation, que l’on observe le mieux l’installation d’une telle dérive. Nous ne parlons pas de la violence occasionnelle que l’on peut identifier parfois entre des enfants qui tentent de se caler les uns aux autres, mais bien d’un mode de fonctionnement dont la valeur est toute autre et le signe d’une souffrance aigue.
C’est à l’extérieur de la salle de classe que l’on mesure donc le niveau d’acquisition de la langue chez les enfants. Le but de son apprentissage n’étant pas uniquement de satisfaire à des évaluations artificielles quoique nécessaires, mais bien de participer activement et très concrètement à l’épanouissement de ces derniers, en leur permettant de vivre ensemble de la façon la plus harmonieuse possible.

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